Qu’est ce qui vous a amené à écrire : le fait de ne pas aller au bout des investigations ou faire connaître précisément tous les tenants et aboutissants de sujets ou pour d’autres raisons que vous seule connaissez?
J’ai du mal à ne faire que mes journaux télévisés sur LCI. J’aime le journalisme dans son ensemble. Faire des enquêtes et m’arrêter sur une information, aller jusqu’au bout de mes recherches, c’est ce qui me plaît. En faisant mes livres je rencontre les gens, je cherche l’info, je sors des plateaux de LCI, je fais de nombreuses interviews, je vis des sensations extraordinaires, je me fais parfois claquer la porte au nez, parfois raccrocher au nez, bref je me mets en danger par rapport au confort de la présentation, et j’aime me mettre en danger.
Est-ce pour vous une aventure humaine incomparable d’écrire des livres?
Justement, c’est une véritable aventure humaine. Lorsqu’on rencontre les gens, qui pleurent parfois devant vos questions, ou qui se referment en se méfiant de vous, il faut s’adapter, les mettre à l’aise, gagner leur confiance, les rassurer, ou les consoler… Et en ce qui me concerne, s’enfermer pendant plusieurs jours sans ouvrir la porte de chez soi, cela m’est arrivé à plusieurs reprises, en restant dans un monde à part, un autre univers, celui de la recherche d’infos, celui de l’écriture, celui du rapport à soi même et même de l’oubli de soi, c’est une vraie aventure humaine dans tous les sens.
Après l’affaire Flactif, pourquoi la biographie de François Fillon ? Aimez-vous un peu la polémique ?
Si on aime la polémique on ne fait pas un livre sur François Fillon. J’aime l’enquête. J’aime faire ce que les autres ne font pas. J’ai réalisé deux enquêtes inédites. J’ai trouvé des photos de François Fillon exclusives. J’ai trouvé des témoignages inédits dans mon premier livre. J’avais réussi à connaitre mot pour mot les aveux de l’assassin alors qu’on était en pleine enquête judiciaire. J’aime la recherche de l’info. L’essentiel en tant que journaliste est de donner l’information. Il n’y avait aucun livre sur François Fillon, j’ai trouvé que c’est le travail d’un journaliste d’informer les français sur le parcours de celui que le chef de l’état a choisi pour nous gouverner d’autant plus que tous le monde se demande qui est François Fillon.
Appréciez-vous l’homme (François Fillon) en tant que personne ou le personnage politique?
Je n’ai aucun jugement personnel à porter sur l’homme, j’ai pu apprécier son parcours, son ascension progressive, lente mais sure, dans l’ombre mais un parcours régulièrement ascendant. Un homme politique dont ses adversaires eux-mêmes vous en disent du bien, ne peut pas vous laisser indifférente mais j’ai tenue à garder mes distances avec le sujet de ma biographie pour avoir un jugement suffisamment distant donc le plus juste possible.
Dans ces 2 livres quel est celui qui vous a donné le plus de mal dans votre investigation ?
Les deux ont été très difficiles. Le premier pour avoir accès aux informations car personne n’avait le droit de me parler en attendant le procès et les portes m’étaient toutes fermées. De plus je risquais moi-même un procès et je le savais dès le départ, mais ce sont les risques du métier de journaliste d’investigation. J’ai eu des procès, mais le livre a été reconnu « ne portant pas atteinte à la vie privée, ni à la présomption d’innocence ». C’était mon objectif, sortir un livre avant le procès de l’assassin présumé, sans lui porter atteinte, ce qui est très rare. Mission accomplie après beaucoup de difficultés mais le livre est sorti quasiment le jour même du procès de l’assassin présumé qui a été condamné à la perpétuité.
Le livre sur François Fillon était d’un autre registre. Difficultés pour rencontrer le Premier ministre, difficultés pour rencontrer sa famille, des proches de François Fillon ont appelé plusieurs personnes pour ne pas répondre à mes questions, j’ai eu beaucoup de barrières dont j’évite de parler mais les difficultés ont été nombreuses. Il faut ajouter à cela les délais, écrire un livre en moins de 6 mois, sur un sujet aussi délicat et seule, c’était quasiment impossible. L’éditeur m’a proposé de l’écrire avec un autre journaliste pour tenir les délais, mais j’ai préféré relever ce défi personnel.
Autre article du Dossier Femmes noires dans les médias (I): Marie Jeanne Serbin Thomas Cliquez ici
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