Il était une fois, Nyamata, un village rwandais hors du Rwanda, un village de peuples enfuis, horrifiés par la douleur, un village de personnes qui ne se sentaient plus chez eux parce que payant le crime d’être nés Tutsis. Ils s’étaient alors réfugiés dans leur propre pays, essayant de mener une vie normale, sous le spectre des militaires du camp de Gako, qui à n’importe quel moment de la journée ou de la nuit, pouvaient venir semer le trouble et installer le désarroi dans les familles en saccageant et en emmenant avec eux parfois, les fils et pères de famille.
Il était une fois, Stéfania, une mère. Une mère courage, une femme intrépide, vaillante et surtout résolue à protéger les siens. Au prix de tout. Au prix même du mépris de sa personne.
Il était une fois un village, un groupement de gens heureux de vivre ensemble, qui partageaient leurs joies: l’ubunyano, la sortie du bébé ou encore la fête du sorgho (l’umuganura). Construire une maison, l’inzu, était l’occasion de faire appel aux proches pour partager le travail, tout cela dans la joie.
Non, il n’était pas une fois. Cette histoire que nous raconte Scholastique Mukasonga n'est pas un conte, mais son histoire, l’histoire de Stéfania sa mère, Nyamata son village. L’histoire d’une famille que la guerre du Rwanda aura rendue fragile. Pire, l’histoire d’une fille qui aurait tant voulu couvrir le corps digne de sa maman à sa mort, pour lui montrer son respect son amour et sa reconnaissance. La guerre n’aura pas permis ce geste. Heureusement, il y’a l’écriture, pour guérir les blessures.
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